La saga. Épisode 40 “Ze last one, Barcelona, vodka et frotti-frotta”

C’est le dernier épisode. La tête pleine de questions, j’ai cherché une conclusion subtile et qui laisserait une trace à ces petites tranches de vie. Est-ce que j’avais un truc à dire d’important ? Et bien, non en fait. C’était juste un regard à un moment donné sur des choses de la vie, du quotidien, que j’ai pu observer, entendre ou même vivre. Comme à travers un objectif. Aimer, tricoter une histoire avec des élans, casseroles, questions, doutes et envies. Dire les choses de manière un peu cash, des allers et retours entre la tête, le cœur, les tripes et le sexe. Je termine sur une « non-fin », à vous d’en proposer une différente, la vôtre peut-être, si le cœur vous en dit.

Baisers

Baisers de cinéma. les choses de la vie, Jason Bourne et le baiser de Yunjim Kim et Daniel Dae Kim

Merci d’avoir suivi ces épisodes, j’ai aimé les écrire, laisser mes doigts courir sur le clavier, sans réfléchir, au gré de mes humeurs et du moment. Parfois drôles, parfois vaseux, c’est selon. J’ai adoré vos commentaires, échanger avec vous, écouter vos histoires lorsqu’on buvait un café ensemble. Alors, on se dit au revoir ?

Résumé de l’épisode précédent
Clémence et Oriane échangent des points de vue hautement intellectuels sur les joies d’être mamans et concluent sur l’idée d’aller faire la fête entre adultes consentants à Barcelone, histoire de penser à autre chose qu’à leurs mômes.

Ni avec ni sans. Ces mots tournent dans ma tête comme une évidence. Je suis incapable d’être bêtement là, de vivre le moment présent, de profiter de la vie. Je passe ma vie à être décalée, à côté, en train de cogiter. Karine, qui est super accro aux horoscopes, me dit que c’est parce que je suis du signe du Taureau. Je rumine, je broute, le nez collé à la terre, passant un temps fou à réfléchir et pendant ce temps, ma vie défile. Puis subitement je fonce tête baissée sur une impulsion, en envoyant valser mes bonnes résolutions. Généralement c’est un truc rouge qui m’agite, une impulsion amoureuse, subite, irrationnelle. Un coup de cœur, un coup de cul. Puis je me remets à mâchonner, étonnée, voire tétanisée.

Vu comme ça, c’est vrai que ça fait penser à une technique de ruminant stupide. Karine frime car elle est du signe du Lion et que forcément ça en jette nettement plus. Je lui rétorque que tout ça c’est du « bullshit » et on rigole – pour celles qui n’utilisent pas ce genre d’expression typique de pseudo intellos de start-up, elle signifie littéralement « merde de taureau » -.

Car mes pulsions/impulsions/envolées lyriques se terminent rarement bien.
Forcément, c’était écrit et les Rita Mitsouko ne se trompent jamais.

Bref, tout ça pour en arriver au fait que j’ai merdé. Encore. Parce que je réfléchis avec mon clitoris au lieu de mon cerveau, et ce malgré le fait que je suis censée être devenue une honnête mère de famille épanouie. Ou parce que je ne vaux rien question bonheur, je ne sais pas faire, je foire tout, sabotant au marteau piqueur le plus léger sursaut de sérénité. Une publicité vivante de « Faites votre malheur vous-même ».

Je suis une handicapée de l’amour. Je veux tout et son contraire. Je veux une vie de famille et je me sens soulagée quand je peux confier mon fils et partir faire la fête. Quand je ferme la porte derrière lui, lové dans les bras de ma mère, j’ai envie de revenir illico et de passer le week-end à lui lire Petit Ours brun en boucle. Je veux être mince et je bouffe du chocolat en cachette. Je veux Léo et je flirte avec Thierry. Je veux l’amour absolu et j’ai un cœur d’artichaut.

Ni avec eux ni sans eux.
Je t’aime moi non plus.
Les histoires d’amour finissent mal.

– Bon t’as pas fini de nous saouler avec tes théories, là ? Me secoue Clémence.
– Laisse moi mourir… Je réponds.
– Mais ça ne va pas bien dans ta tête, toi. Tu crois quoi ? Que le monde va s’écrouler ? Mais l’amour ça meurt pas comme ça pour rien, sinon ce serait juste du flan.
– Il est parti pour toujours… Je continue.
– Mais non il est juste rentré à l’hôtel en me disant qu’il était fatigué, que tu lui prenais la tête et qu’il fallait que je te ramène entière. Karine, dis-lui qu’elle arrête de geindre et que c’est le moment de rentrer se coucher, je suis crevée moi et j’ai super mal aux pieds dans ces cochonneries de hauts talons. On n’a pas idée de mettre des trucs pareils. En plus, personne n’a regardé mes pieds, faut vraiment être débile pour s’infliger ça. Marc s’en fout complètement et il n’y a pas un fétichiste digne de ce nom dans cette boîte pourrie. Dans deux minutes, c’est clair qu’on a droit à la Macarena.
– J’adore tes chaussures moi. Et si tu veux je bois du champagne dedans, on les jette par-dessus notre épaule et tu rentres pieds nus, comme quand on était allées à cette fameuse soirée super hot il y a au moins quinze ans, tu t’en souviens ?

Je tente, lèche bottes pathétique, de placer un peu d’humour dans cette soirée qui part méchamment en couilles. Elle sourit. Ma sœur est formidable. Dans une autre vie, je serai elle. Je me mets à pleurer de rire ou de chagrin, je ne sais plus trop, en étalant du mascara sur son top qu’elle vient de payer une fortune dans une boutique de Barcelone. C’est franchement le moment de rentrer. Où est Karine ?

– Elle danse des slows avec un inconnu, on va avoir du mal à l’extirper.
– Tu dis que Léo n’est pas fâché ?
– Euh disons qu’il est très énervé mais on ne sait jamais, sur un malentendu, il ne se souviendra peut-être pas de tous les détails demain matin. Prie la déesse Vodka pour qu’elle lui fasse oublier, c’est ta seule chance.
– Et Thierry ?
– Marc lui a cassé la figure et m’a dit de ne plus jamais prononcer son nom sous peine de divorce, donc si on te demande, il a disparu pour toujours.
– Pourquoi on l’a pris avec nous déjà ?
– Parce qu’on voulait le caser avec Karine. Je te rappelle qu’on a passé une soirée à débriefer pour décider qu’il serait finalement parfait pour elle, qu’ils étaient faits l’un pour l’autre et qu’on avait été bêtes de ne pas l’avoir remarqué plus tôt. Tu parles d’une bonne idée ! En fait, je crois qu’on est toutes un peu amoureuses de lui. Parce qu’il est beau, qu’il sait parler aux femmes, qu’au lit c’est une bombe sexuelle. C’est notre fantasme sur pattes. Et on se prend pour des stars avec lui parce qu’il a tout compris à nos faiblesses de pauvres folles en mal d’amour. Avec nos nigauds de mari qui ne voient même pas quand on va chez le coiffeur, faut qu’on se la joue midinettes avec ce genre de mecs pour compenser. Mais dans le fond, c’est juste un gros salaud, et nous il s’agirait qu’on grandisse un peu et qu’on fasse avec ce qu’on a. On est des bonnes ligues B comme disait ma cops Régine, et on a les mecs qui nous vont, alors faudrait voir pour arrêter de se la jouer guimauve.
– Tu es philosophe ce soir…
– C’est la dernière fois qu’on se mêle des histoires de cul d’une copine, c’est clair ? Et les Thierry, c’est basta così. Entre nos mecs, les enfants, les copines et un vibro, on devrait s’en sortir. Et pour tout le reste, y a Mastercard.
– Ok, tu as raison. (Gros soupirs). J’en ai pour combien d’années de thérapie tu penses ?
– Aucune, on improvisera au fur et à mesure… Le problème c’est qu’on est une génération bizarre. On ne sait pas ce qu’on se veut, on est égoïstes et mal dans notre peau, on veut le beurre, l’argent du beurre et le cul de la fermière. On veut des mecs qui nous aiment, qui ont des épaules, des couilles, un cerveau, qui nous font rire, nous sautent sur la table de la cuisine et qui savant aussi mettre un suppo’ au petit quand il est malade. On veut qu’ils soient forts et sensibles, intelligents et drôles, on veut tout. Et qu’est-ce qu’on leur donne, nous ? Des jours on se la joue miss parfaite, d’autres on en a marre de tout. Certains soirs on croit qu’on est les reines du monde et d’autres on a juste envie de pleurnicher sur leurs genoux. Et dès qu’ils ne nous regardent plus pendant une semaine on fait des sourires au voisin. J’ai pas le mode d’emploi, mais je crois qu’il va falloir qu’on se remette sérieusement en question. Eux et nous.
– Tu réfléchis trop vite pour moi ce soir. Bon, allez, on se casse, cette musique est juste totalement naze, j’ai mal au crâne et je veux rentrer chez moi.
– Ok, je vais chercher Karine.

Une heure plus tard, on est de retour à l’hôtel. Karine avec son espagnol torride sous le bras, Clémence et moi pieds nus et la tronche en biais. Je crains de pousser la porte de la chambre. Je me revois sur la piste de danse, dans les bras de Thierry car Léo n’avait pas envie de se trémousser. Je repense à mon attitude, aux mains chaudes de Thierry sur ma taille, à ses yeux qui te vrillent sur place. Je ressens encore la musique, nos corps qui se cherchent, qui se collent sous prétexte de la musique. Mon rire stupide, mon ventre noué, la sensation d’avoir quatorze ans. Ce mec me fait un effet pas possible, c’est physique, ça ne s’explique pas. Et puis, ses lèvres dans mon cou, je ferme les yeux une seconde et quand je les ouvre, troublée, le regard de Léo qui me fixe bouche ouverte.

Léo qui se lève, parle à ma sœur trois secondes et se casse sans un mot, sans un regard. Rien. Puis Marc qui se lève, moi qui pars à la recherche de Léo, ma sœur qui me dit de m’asseoir.

Et maintenant, je suis derrière la porte, le cœur battant.
Léo doit être fou de rage, il va me quitter et je l’aurais bien cherché.
Est-ce que c’est que c’est ça que je cherche inconsciemment ?
Qu’il me quitte ?
Je le veux ce mec ou non ?
Les mots de ma sœur tournent dans ma tête.
Je pense à mon fils, à ses grands yeux innocents, qu’est-ce que je lui dirai quand il sera grand ?

Je pousse la porte, Léo ronfle la bouche ouverte.
Je me douche, passe sous les draps et finis par m’assoupir en demandant pardon en boucle dans ma tête. Il pète en dormant et je souris. Les joies de la vraie vie.

Le lendemain matin

Léo s’est réveillé et s’est comporté de manière tout à fait normale. Je n’ai rien dit, j’ai souri bêtement, la boule au ventre.
Marc nous a accueillis avec un grand sourire, content comme tout avec sa tartine au miel et son bol de café. Clémence était normale, en train d’expliquer à la serveuse qu’elle aimerait un verre d’eau pour son aspirine.
Karine nous a présentés son espagnol et on a papoté avec lui sur les charmes de Barcelone.
Personne n’a évoqué Thierry.

Dans l’avion du retour

Léo
Est-ce que tu es heureuse avec moi ?

Oriane (le cœur battant la chamade)
Oui

Léo
Pourquoi tu me fais des plans pareils ?

Oriane (Les larmes aux yeux)
Je te demande pardon, des fois je déconne mais je t’aime.

Léo
Tu fais chier. Tu es amoureuse de Thierry ?

Oriane
Non.

Léo
Tu crois qu’on devrait faire couple libre ? Genre de temps en temps on s’éclate chacun de notre côté mais on fait notre vraie vie ensemble ? J’ai réfléchi, finalement c’est peut-être la solution ?

Oriane
J’en sais rien, ça me semble bizarre, mais je reconnais que des fois je sens des trucs et que ça me fait flipper de passer toute ma vie seulement avec toi. En même temps, hier soir, quand j’ai croisé ton regard, j’ai su que c’était toi que je voulais et que j’étais juste en train de faire n’importe quoi.

Léo
Pourquoi ?

Oriane
J’en sais rien du tout. Je suis une angoissée de l’amour. J’en demande beaucoup, mais j’ai besoin de sentir que tu m’aimes, que tu me désires, j’ai envie que tu danses avec moi quand on est à Barcelone. Je suis une éternelle amoureuse, c’est comme ça. J’ai besoin qu’on fasse revivre nos premiers moments, qu’on ne devienne pas des vieux cons. Tu comprends ?

Léo
A peu près. Pour moi, c’est plus simple, je me prends moins la tête, mais j’imagine que les choses sont comme ça pour toi. Et ce con de Thierry est un homme à femmes, il a ça dans la peau. Je ne peux même pas lui en vouloir, mais moi ce n’est pas mon genre. Tu comprends ? Je ne suis pas comme ça. Faudra aussi t’y faire. Je n’aime pas danser mais ça ne veut pas dire que je ne t’aime pas toi. Je veux pouvoir être moi. Et que tu sois toi. On va pas se raconter des trignolettes, on est des grands tu comprends ?
(Silence…)
Et si on vivait au jour le jour ? Aujourd’hui je suis là, tu es là, on est bien, on se fait confiance et demain on verra ? Je t’aime, abrutie.

Je lui souris et m’appuie sur son épaule.
On croise nos doigts et on ne dit plus rien.
J’entends à quelques mètres de moi le rire de ma sœur et la voix de son mec.
Karine ronfle sur le siège d’à côté.
Je suis bien. Là, maintenant.
Et c’est ce qui compte.

ZE END

La saga. Épisode 39 « Mother Fucker comme disait l’autre »

Résumé de l’épisode précédent
Oriane stresse complètement car Léo ne rentre pas. Elle finit par jouer au détective et le retrouve au milieu de la nuit chez Thierry, en compagnie de sa sœur complètement torchée. Après quelques explications, elle comprend que Clémence est en train de partir en vrille dans les bras du beau Thierry, ce qui la motive à renouer le fil amoureux avec Léo.

Oriane avec Clémence, un soir au téléphone

Oriane
Avoue que tu vois toujours Thierry en cachette, je l’ai croisé en ville, je trouve qu’il a un drôle d’air et qu’il m’évite.

Clémence
Je te jure que non. C’est fini. D’ailleurs ça n’a jamais commencé, c’était comme ça, et hop ça s’est envolé, je me demande même si je n’ai pas rêvé tellement cela me semble complètement dingue. Et toi ? Comment ça va avec Léo ?

Web série "Mère indigne"

Web série "Mère indigne", pas tout neuf, mais bien sympa. PS: la vidéo sur bébé ne dort pas est à la fin de l'article ...

Oriane
C’est l’amour. On baise comme des lapins, on parle vacances à la mer, tout roule si ce n’est les deux terreurs qui saccagent mon appartement une semaine sur deux. Quand ils sont là, c’est le bordel intégral. Tu imagines trois enfants en bas âge dans une maison ? Ils me mettent un cheni partout, c’est incroyable. Et au niveau organisation, c’est l’industrie, j’ai l’impression de tenir une garderie. Jouer, promener, nourrir, laver, coucher, changer, baigner, essuyer, moucher. C’est incroyable que ces gamins aient le rhume tout l’hiver ! Dès que les jumeaux sont là, Vlad se réveille la nuit et ne veut plus se rendormir, c’est l’enfer, je suis claquée.

Clémence
Les deux monstres te regardent toujours de travers ?

Oriane
Oui! J’ai pourtant essayé de les acheter quand leur père n’était pas là, je leur ai payé du cheese-cake et des Duplo, ils en ont rien à cirer. Ils ont écrabouillé le gâteau et à peine joué avec les jouets.

Clémence
S’ils n’aiment pas le cheese-cake, c’est foutu, toi et eux, ça ne marchera jamais c’est sûr. Oublie, tu fais ta part, tu souris bêtement et tu attends qu’ils aient vingt-cinq ans.

Oriane
Mais t’es con toi, des fois. J’aimerais bien que ça se passe mieux, ils sont là la moitié du temps quand même ! Peut-être qu’en grandissant, ça va s’améliorer ? Du moment qu’on pourra aller voir des films ensemble, je crois que je serai sauvée, ça fera des sujets de conversation à table.

Et puis je t’avoue que les places de jeux, c’est carrément l’angoisse. Moi je croyais que les enfants s’amusaient tout seuls dans ce genre d’endroit. Mais non, tu dois les pousser sur la balançoire pendant des heures, jouer au sable, faire des châteaux, aider à grimper sur les installations, tenir sur le toboggan. Après une heure je suis claquée, je ne rêve que d’une chose c’est de rentrer à la maison. Et là, ils se foutent dessus. Il paraît que c’est normal entre frères, et encore plus entre jumeaux, mais c’est épuisant. Expliquer qu’il faut partager et prêter, consoler, gronder, confisquer. Et ensuite c’est l’heure du bain, puis du souper, puis du coucher. Entre deux, je me trimballe Vlad qui a ses siestes, ses petits pots, sa poussette. C’est une usine je te dis. Quand ils repartent je respire de nouveau. J’ai honte mais c’est la vérité. Et Léo croit que je les adore bien sûr… (Soupirs).

Et puis tu sais, y a des trucs que tu développes en tant que mère de famille. J’ai appris par exemple à me doucher à une vitesse folle pour être prête en dix minutes. C’est fini les petits looks sympas et les sacs à main. Là, c’est la version tout terrain. D’ailleurs toutes les jeunes mères de famille se ressemblent. Tu observes les gens dans la rue, un samedi matin par exemple et tu peux deviner : elle, elle vient d’avoir un bébé. Elle a des cernes, du ventre, des fringues atroces et une pince dans les cheveux. Et elle a surtout l’air un peu perdue. Celle-ci a des petits qui courent partout. Elle a une polaire parce que c’est pratique, des chaussures confortables pour grimper sur le toboggan si nécessaire, un sac à dos rempli de trucs pour les enfants, un genre de queue de cheval faite à l’arrache et des kickers. Mon style genre.

Et il y a les autres, les célibataires, sexy et fraîchement maquillées, qui viennent de se lever alors que toi tu rentres déjà du parc et que ça fait des heures que tu es debout.

Le pire, ce sont les jeunes couples sans enfant, tout amoureux. Ils se donnent la main en croisant leurs doigts. La miss a des talons qui lui font mal aux pieds mais elle est stoïque. Elle te sourit tendrement quand tu la croises avec tes rejetons et tu réalises qu’elle a envie de « ça » cette pauvre folle. Lui ne te voit même pas. Quand tu as des petits, les hommes ne te regardent pas. C’est comme chez les Bonobos. Les femelles avec les petits sont hors circuits pendant un moment.

Et puis tout d’un coup, tu croises celles qui ont retrouvé un peu d’indépendance, les enfants sont grands. Elles s’habillent de nouveau un peu mieux, elles arrivent pus tard au marché et papotent dans la rue. Quand tu as trois petits, tu ne t’arrêtes pas, tu salues de loin car c’est impossible d’avoir une discussion avec un adulte. Et je ne parle même pas d’aller boire un café, c’est l’enfer. Les conneries qu’ils arrivent à faire en dix minutes dans un café, c’est hallucinant. Car c’est une constante, les enfants n’aiment pas que leurs parents parlent avec d’autres. Ils doivent avoir l’attention constante de leurs esclaves de base. Et en plus, ce sont globalement des pestes mal élevées. Si tu ne les pinces pas discrètement, ils ne disent pas bonjour.

Clémence
Tu me racontes tout ça, ma chérie, mais je te rappelle que j’en ai deux. Ils sont tous pareils. Et effectivement tu iras encore quelques années au parc, à la pataugeoire, au Signal de Bougy et c’est comme ça. Nous avec Marc on s’alterne, ça permet de souffler un peu. Dieu merci, un jour ils grandissent et la vie redevient à peu près normale.

Oriane
Dire qu’il y a des femmes qui s’épanouissent à faire des tas de châteaux de sable et des petits pots bios maison. Je veux être comme ça. Il doit nous manquer une option, ce n’est pas possible. Heureusement, y a Florence Foresti, ça me remonte le moral.

Clémence
De chien, depuis qu’on a des gosses, on ne parle que de ça. D’eux et de nos mecs. Et le boulot, la politique, l’écologie, le cinéma, la littérature ou je ne sais pas moi, les dernières pompes à la mode ? On n’en parle plus. On est complètement monomaniaques, obsédées. S’agirait de remonter le niveau, c’est moi qui te le dis, sinon on va finir complètement mémères.

Oriane
Oui, tu as raison. Bon, t’as un truc à me dire d’un peu fun ?

Clémence
Non.

Oriane
Bon ben, voilà, on est des mémères. Ça c’est dit. Un jour, on était jeunes, bien foutues, intello et complètement déjantées et maintenant on parle des gaz du petit dernier et on se refile des tuyaux pour les coliques. Fait chier quand même.

(Silence vaguement consterné…)

Bon, par contre, j’ai une bonne nouvelle. Avec l’argent du mariage on a envie d’organiser un truc avec Léo. On aimerait vous inviter à faire la fête un week-end à Barcelone, toi, Marc, Karine, Léo et moi. Sans les enfants. Deux jours de fiesta non stop, de visites culturelles et de shopping. On refile les mômes à maman et on prend un billet Easyjet. Comme on ne se marie plus, on a pensé que ce serait quand même bien de marquer le coup et de s’éclater. Surtout ne me dis pas non, j’en rêve!

Clémence
On invite Thierry aussi ?

Le dernier épisode, dimanche prochain !
Sea, sex’ and rock’n roll

Un épisode de mère indigne

Le sketch du parc avec Florence Foresti

La saga. Épisode 38 « Butterflies into ze stomach’(ou quand Clémence a un amant) »

Résumé de l’épisode précédent : Oriane a retrouvé son peps amoureux et concocte une petite soirée spéciale à Léo qui, étrangement, ne donne aucun signe de vie. Fâchée et inquiète, elle se couche seule dans son grand lit froid. Drame, s’est-il fait dévoré par un ours, enlevé par une jeune scandinave en rut ou kidnappé par les Raëliens ?

Vous le saurez dans ce nouvel épisode dominical écrit sur la table de la cuisine, avec à ma gauche, le linge lavé ET plié – bel effort – et à ma droite un verre de Bailyes pour me réchauffer l’âme.

Oriane, couchée dans son lit et agrippée à son iPhone.

Mais qu’est-ce qu’il fout ? C’est pas possible quand même, pas un message, ni un téléphone, c’est deux heures du mat’, je suis montre flippée. Et Thierry qui ne répond pas non plus, mais ils sont où ? J’ai le cœur qui bat la chamade, le ventre noué par l’angoisse et j’attends. Je ne sais pas quoi faire. Prise par une impulsion, je décide d’appeler ma sœur sur un coup de tête. Je pense qu’elle va me lyncher de la réveiller au milieu de la nuit mais tant pis, elle aura peut-être une idée de génie.

Son portable sonne dans le vide. J’appelle à la maison, au risque de réveiller mon beau-frère. Oups, c’est justement lui qui décroche après une sonnerie.

-Salut, c’est Oriane, je suis désolée d’appeler aussi tard, mais je suis morte d’inquiétude. Léo n’est pas rentré et il ne répond pas à mes appels, j’ai un mauvais feeling et besoin de parler à ma sœur, tu peux me la passer s’il te plaît ? (Et, sous le coup, j’éclate en sanglots.)
– Et bien, si tu veux savoir, c’est pareil à la maison, Clémence n’est pas rentrée et je ne sais pas où elle est.
– Quoi ? Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Comment ça, elle n’est pas rentrée ?!? (Je suis complètement abasourdie, une confusion totale s’étale dans mon esprit.)
– Elle avait un apéro de boulot à 18 heures, elle m’a appelé pour me dire qu’ils partaient faire la fête, j’ai couché les garçons et depuis elle n’est pas rentrée et ne répond pas à son téléphone. Je suis limite d’appeler les flics, elle ne m’a jamais fait ça.
– C’est une histoire de fous. Il faut qu’on les retrouve. Elle sort où d’habitude ? Là, c’est tard, presque tout est fermé sauf les boîtes. Je ne peux pas bouger avec Vlad qui dort, et toi non plus avec les loulous, mais on devrait aller les chercher, ce n’est pas normal. Je crois que je vais appeler maman, de toute façon je n’arrive pas à dormir, j’ai besoin de savoir ce qu’il se passe. Si ça se trouve ils sont ensemble ou quelqu’un les a vus. J’appelle maman et je te tiens au courant. (Il faut que j’agisse, je dois aller voir, ce n’est pas possible que mon mec ET ma sœur aient disparus le même soir. Et Thierry… Thierry ? Et si c’était lui la clé ? Je revois son regard sur ma sœur, ses airs de loup et je repense à mon drôle de feeling, je vais débarquer chez lui en premier, je sens qu’il est impliqué dans cette histoire)

Sur ce, j’appelle maman, qui étrangement ne pose pas de question et débarque quinze minutes plus tard en taxi. Je suis prête dans l’entrée, je n’ai pas besoin de la briefer, elle connaît ma maison et Vlad presque mieux que moi et comme je l’ai flippée avec mes histoires, elle s’installe dans le canapé, vissée au téléphone et me suppliant de la tenir informée rapidement. Je pars en courant, bien habillée – pour pouvoir rentrer dans tous les bars sans souci, avec mon sac à main sous le bras, la liste des boîtes du coin, des sous et mon portable rechargé, le taxi m’attend. Je me sens comme une espionne, froide et opérationnelle. Pourtant j’ai franchement peur de ce qui m’attend. Je donne l’adresse de Thierry au chauffeur.

Au moment où je sonne à l’interphone, mon cœur bat la chamade. Je réalise que je suis en train de réveiller mon ex au milieu de la nuit, j’espère que je ne suis pas complètement à côté de la plaque. Un bruit sourd m’indique qu’il a ouvert la porte et que je peux monter.

J’entends la musique depuis le couloir, il a organisé une fête ? Je me sens limite vexée de ne pas avoir été invitée. Quand j’arrive, la porte est entrouverte et le spectacle qui m’attend me laisse bouche bée. Ma sœur est à moitié à poil sur le canapé, visiblement ivre, Léo est assis à ses pieds sur le tapis avec une tasse de café et Thierry est chemise ouverte, jeans et pieds nus en train d’aller dans la cuisine.

J’entre et j’hésite à aboyer tout de suite. Je regarde Léo qui me fait un petit sourire et s’excuse immédiatement : « Je suis désolée, les choses sont un peu compliquées, d’abord je n’ai pas réussi à te joindre, on était à la Parenthèse, il n’y avait pas de réseau, puis on est rentrés ici un peu en catastrophe avec ta sœur. On vient d’arriver, j’allais t’appeler, mais ta mère vient de me joindre alors je savais que tu allais arriver ». Tout ça suivi d’un sourire d’ivrogne heureux de me voir. Je le tape tout de suite ? Je commence par ma sœur car son état m’inquiète.

– Clémence ? Ça va ? T’es complètement HS ou bien ?

Elle marmonne un truc puis se retourne et semble sur le point de s’endormir, à moins qu’elle ne frôle le coma éthylique. Je commence à m’exciter.

Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer ce qu’il se passe ici ?

Thierry me tend une tasse de café et me propose de m’asseoir. Je lui obéis puis j’attends, franchement énervée. Alors, il explique. Qu’il est tombé par hasard sur ma sœur dans la rue alors qu’elle rentrait de son apéro de boulot. Qu’il lui a proposé de se joindre à eux pour un verre. Ils ont mangé et pas vu l’heure passer. Puis ils se sont dit « Un petit dernier pour la route à la Parenthèse » et là Clémence a bu comme un trou.

Léo intervient « Raconte-lui que sa sœur a complètement pété les plombs. Elle a commencé à nous raconter toute sa vie et ses problèmes de cul avec Marc et elle nous a suppliés de ne pas rentrer, elle voulait danser. Elle était déchaînée, elle se frottait contre n’importe qui, alors finalement on l’a extirpée de la salle et on est rentrés. Je ne pouvais pas décemment abandonner Clémence à Thierry dans cet état. En plus, elle s’est mise à chialer, alors on a préparé du café pour la faire atterrir avant de la ramener chez elle. Et tu es arrivée. »

Il faut que j’appelle immédiatement Marc et maman. On s’engueulera après.

Dix minutes plus tard, je tente de reprendre mes esprits. Il faut ramener ma sœur chez elle. On commande un taxi . Thierry m’embrasse en me serrant contre lui au moment où on part, je sens sa peau nue contre moi et ça me perturbe légèrement. Une demi-heure plus tard, on arrive enfin chez nous et on s’écroule dans le lit. Je fais largement la gueule à Léo, je ne comprends pas qu’il ne m’ait pas appelée plus tôt, je vais bouder au moins une semaine pour un truc aussi con. En même temps, je suis soulagée de l’avoir retrouvé vivant et pas dans les bras d’une greluche, ni à moitié mort dans un fossé.

Maquillage Pin-Up

Une légère touche de rose, ça peut pas faire de mal non? Photo empruntée ici

Le lendemain soir

Je décide de passer voir ma sœur, je sais qu’elle est seule car Marc est au foot. Je débarque une fois que ses montres sont couchés, à l’improviste. Vu sa tronche quand elle m’ouvre, c’était visiblement pas dans ses plans.

Il faut qu’on parle, je lui dis.
Elle me répond du tac au tac : « De quoi, de mes beuveries ? Du fait que je couche avec Thierry ou de mes problèmes ou boulot ? On peut aussi discuter des enfants, y a plein de trucs à dire sur le fait que je suis en train de devenir dingue dans cette famille ».

Je ne suis pas étonnée qu’elle couche avec Thierry, j’avais bien senti le truc. Mais je suis très surprise qu’elle me balance ça comme ça.

– Ça fait longtemps ? Je demande. Et je rajoute : Tu fais chier, on avait dit « pas les mecs des copines ». Ça vaut aussi pour les frangines, tu sais.
– Oui, je suis désolée, mais c’est le seul mec qui m’ait dragué et qui me plaise. Et franchement, au lit c’est un super amant. Tu me l’avais dit, je confirme, son cunni’ est à tomber.
– Herk, arrête, je ne veux même pas imaginer ma frangine dans les bras de mon ex, tu m’excuseras mais laisse tomber les détails ! Dégueu… Bon, c’est fait, c’est fait… (Soupirs) Franchement ça craint, tu n’avais jamais eu d’amant jusqu’à présent, tu fous quoi ? Marc le sait ?
– Tu rigoles ou bien ? De toute façon c’était une ou deux fois comme ça, mais maintenant j’arrête…
– Mais pourquoi tu couches avec lui ? C’est quoi le problème ?
– Le problème, ma chérie, c’est que dans cette baraque je suis la mère de tout le monde, de mes enfants et de mon mari aussi et que j’en ai ras-le-bol. J’organise tout, je fais tout, je range, j’écoute, je planifie, je fais à manger, les devoirs, la lessive, les courses. Pour que Marc se bouge, je dois demander. Et j’aime pas demander. Et puis, il ne me regarde plus, il s’en fout. L’autre jour, le petit est venu pendant que je me maquillais. Il a dit « J’aime pas quand tu te maquilles c’est moche, ça fait pas maman ». Ah bon, j’ai demandé, c’est quoi qui fait « maman » alors ? « Tu dois pas te maquiller, les mamans ça doit être naturel ». J’ai demandé au grand ce qu’il en pensait, il a confirmé. Puis Marc a mis son grain de sel en disant que les enfants avaient raison, que j’en avais pas besoin, je suis très bien comme ça paraît-il. Alors qu’il bave se sur toutes les filles un peu sexy qu’on croise et qu’il reluque des bombes sexuelles sur Internet. Et là, je te jure qu’elles sont franchement maquillées. Pourquoi moi, je ne peux pas être un peu féminine ? Je mets juste un peu de mascara et d’eye liner, c’est quoi le souci ? Je suis une maman ET une femme. Les garçons font déjà une espèce de distinction entre la mère et la femme, comme si elles ne peuvent pas être les deux. Ça commence tôt.
– Mais je croyais que vous faisiez des trucs hots ensemble.
– Oui ça a duré un moment, puis Marc m’a dit « c’est fini, ces conneries ». Et depuis, c’est la steppe de Mongolie question cul. Et il me traite comme une mémère, Alors le coup du « Pas de maquillage ma chérie, ça va très bien comme ça », ça m’a énervée.
– Et Thierry a commencé à te faire de l’œil.
– Oui. Alors, un jour particulièrement chiant, je me suis maquillée, j’ai mis une robe et je suis allée le voir, sur un coup de tête. Il m’a dit des trucs gentils et je lui ai sauté dessus, instinctivement. Voilà. Il me fait rire, il est attentionné. Je voulais juste flirter un peu, discrètement, pour me faire du bien au moral. Et ça a dérapé. Le problème, c’est que j’ai aimé ça. Tu sais il a un regard qui te fait complètement chavirer, il m’a même arraché ma culotte dans les escaliers de l’immeuble. Ça me rend vivante, j’en veux encore. Je sais, c’est pas bien, c’est pour ça que je me suis saoulée pour oublier et ne plus y penser. Et maintenant j’ai une gueule de bois, ma sœur qui me regarde de travers et je ne sais plus où j’habite.

C’est ma sœur, alors j’écoute et je la prend comme elle est. On parle un bon moment, puis au vu de la situation, on décide que jamais – jamais- elle n’en parlera à Marc, même sous la menace, qu’elle va ranger toutes ces belles images dans une petite boîte au fond de son cœur et gentiment continuer de faire des lasagnes à sa tribu. Quand je m’en vais, elle a des larmes dans les yeux et tout ceci me perturbe.

Quand j’arrive à la maison, Léo est devant la télé, en slip. Il est avachi, crevé de sa soirée d’hier. Je rentre et je me colle à lui sur le canapé. Je caresse son ventre, je lui mordille le cou. J’ai peur de ressembler à Clémence et Marc et qu’on se perde. Mon idée de bouder une semaine est puérile, sa peau sent la mandarine, j’adore. Léo se retourne et m’embrasse, ses yeux cherchent les miens. Sa langue est chaude dans ma bouche, elle caresse mon palais. Je me serre contre lui encore plus fort et il prend mon visage entre ses mains, Ce geste me fait littéralement fondre, mon ventre se serre. Ses mains descendent et commencent à déboutonner mon chemisier, je gémis doucement. Il dégrafe mon soutien-gorge, écarte le tissu et prend mes seins entre ses lèvres. Je fonds, c’est bon. Lentement, il joue avec, je me laisse faire, la tête renversée, mes doigts dans ses cheveux.

Il déboutonne mon jeans, le fait coulisser le long de mes jambes et joue avec ma culotte. J’ai subitement très envie de lui. Je me redresse pour le déshabiller mais il me dit « Chut, ne bouge pas, je m’occupe de tout ».

Je luis souris et ferme les yeux.

La suite mercredi prochain jeudi en fait car mercredi soir à été consacré à chéri😉 y a des fois …

La saga. Épisode 37 “Robert, les sushis et la loose”

Résumé de l’épisode précédent : Oriane change d’avis comme de chemise. Après avoir demandé à Léo de l’épouser, elle lui avoue que le mariage n’est pas son truc. Coup de bol, Léo annule immédiatement tout sans trop râler.

Dans la tête de Léo

Ce soir je sors. Ça va me faire du bien, j’ai besoin d’air. On a rendez-vous avec Thierry sur une terrasse. Dire qu’il y n’y a pas si longtemps on s’est foutus dessus ! En fait ce mec est plutôt cool, j’aime bien boire une bière avec lui de temps en temps.

A mon avis, c’est le genre de mec chaud lapin. Il saute sur tout ce qui bouge, il se fixera jamais. Moi avec mes trois gosses, mon ex et Oriane, je suis servi, quand on sort je ne veux même pas entendre parler d’un quelconque plan. C’est juste pour déconner, regarder passer les filles et parler un peu de boulot ou de cinéma.

Les conneries avec les filles pour moi, c’est fini. Même Zahia qui me regarde avec des yeux de merlan frit. Et puis, en fait, elle m’agace. J’aime les femmes qui ont du tempérament, pas celles qui se liquéfient dès que tu leurs parles.

En parlant de causer, faudrait que j’appelle ma mère, elle est hystérique depuis que je lui ai fait annuler tout ce qu’elle avait réservé pour le mariage. Enfin, vaut mieux qu’elle et Oriane ne se croisent pas trop souvent ces prochaines semaines, car sinon ça va être la guerre. Note, je suis soulagé qu’on ait tiré la prise, toutes ces histoires de réception, repas et gâteau me gonflaient. Moi je voulais une petite fête entre amis, un mariage cool, en jeans. Mais visiblement c’était pas possible. Donc, on oublie tout ça. De toute façon, ce n’est pas le plus important, qui sait ce qu’on ferra et où on sera dans cinq ou dix ans ? Et puis, on n’est jamais sûr de rien. La seule chose qui est claire, c’est que j’ai trois mômes qui comptent sur moi. Et qu’Oriane a un cul d’enfer et un sourire à tomber. Et puis, elle me fait rire. Mais qu’est-ce qu’elle est chiante. C’est la reine de la chiantitude.

Bon, il arrive Thierry ? Qu’est-ce qu’il fout ? J’ai promis à Oriane de rentrer pas trop tard, Vlad est malade et toute seule, elle galère avec le mouche bébé.

Dans la tête d’Oriane

Ce soir, je serai superwoman. Et lui sera mon héros. Tataaaaa !

Phase une : Vlad est nourri, baigné, empyjamaté. Moque aspirée, crème pour la peau mise, biberon avalé, hop au lit. La petite musique, les bisoux, je ferme la porte, bonne nuit.
Phase deux : ranger en quinze minutes le bordel ambiant, juste histoire de faire illusion que cette maison est encore à peu près habitable et qu’elle n’est pas seulement une garderie pour sauvages.
Phase 3 : salle de bain. Une heure de gros travaux. Masque pour la peau et les cheveux, épilation, crème, ongles, maquillage et fringues sexy. Bon le problème, c’est la notion de « sexy ». Depuis que j’ai eu Vlad, j’ai des plis, des rides et des vergetures. Et du ventre. Rude à planquer ça. Je tente la nuisette avec shorty, assortie à un cardigan léger. Pour l’instant je mets des chaussettes épaisses, mais tout à l’heure je marcherai pieds nus, mine de rien.
Phase 4 : sortir les sushis, le chandelier, le vin, mettre de la musique.

Amour, gloire et beauté, comme disait l'autre

Amour, gloire et beauté, comme disait l'autre...

La totale, je lui fais la totale. Ridicule ? Un peu, mais je m’en fous. Je veux voir ses yeux briller et son petit sourire, je veux ses mains sous ma nuisette, sa langue dans ma bouche, son corps contre le mien. Je veux vibrer, avoir envie de lui, lui roucouler des trucs à l’oreille. Je ne suis plus une maman épuisée et déphasée, accrochée aux biberons et buvant en douce pour ne pas sombrer. Je revis. Enfin ! Et je veux que Léo en profite ce soir. Il m’a dit qu’il rentrait tôt car je lui ai fait le coup de « Léo est malade » pour qu’il se bouge, car sinon je sais que Thierry va l’entraîner dans des plans beuveries sans fin.

Tout ça grâce à Robert, mon nouvel ami. Et à mes deux autres copines que j’enfile avec plaisir depuis quelques semaines. J’ai rencontré Robert sur Internet, on s’est plus et depuis il habite sous ma pile de T-shirts dans mon armoire. Il a 6 modes vibratoires et il me fait un effet whiz. Une fois par jour minimum, lui et moi on se frotte l’un contre l’autre. Cinq minutes, c’est parfait pour mon timing. Quant à mes copines, je ne les lâche plus, elles m’attendent dans le hall et je glisse mes pieds dedans avec plaisir. Je me suis mise à courir comme Clémence. J’en chie, c’est l’enfer, mais c’est jubilatoire et totalement thérapeutique.

Masturbation et footing pour lutter contre le baby blues. Je vais écrire au magazine Parents pour leur expliquer ma méthode, sûr que ça va faire des émules. Car tout est une question d’hormones, j’ai compris ça en surfant sur le net, de clics vaseux en clics hasardeux, une fille racontait comment elle avait réussi à se sortir les pouces du cul grâce au sport et combien sa vie était merveilleuse depuis. Comme j’aime bien rajouter ma touche perso, j’ai associé Robert au processus.

L’opération stimulation des hormones du plaisir fonctionne super bien et ce soir je me sens femme, sourire au lèvre et clitoris frétillant. Je me suis revu sur Youtube le striptease de neuf semaines et demi et j’ai étudié les poses Pinup sur les calendriers burlesques qui circulent partout en ce moment. J’ai étudié la chose. Cérébralisé le truc, tout en m’agitant avec Robert.

Note pour plus tard : ne pas oublier de rentrer le ventre et de tamiser la lumière.

… Deux heures plus tard.

Cet imbécile n’est pas rentré et il ne répond pas à son portable. Il est où ? Je ne peux pas bouger d’ici pour aller le chercher. Je reste plantée là, comme une truffe molle. Les sushis ne sont plus très frais et j’ai bu la moitié de la bouteille de vin. Thierry ne répond pas non plus.

Me sens totalement nulle, comme Lynette dans Desperate Housewives quand elle s’est déguisée en soubrette et que son mari rentre super tard. Entre deux elle ronfle sur le canapé dans son déguisement et se prend la honte quand elle découvre que son mari est en plus accompagné de son patron.

Voilà, voilà. Fait chier. Y a toujours un truc qui foire.

… Encore une heure après

Je viens de passer des minutes horribles à imaginer les pires scénarios. J’ai appelé les hôpitaux, sa mère et son ex. Je suis fatiguée, fâchée et inquiète. Je vais me mettre au lit, j’ai tout rangé. J’espère pour lui que son excuse est d’enfer ou qu’il est mort au bord de la route.

La suite dimanche prochain

La saga. Épisode 36 « Chabalabala, chabalabala. Ou pas. »

Résumé de l’épisode précédent : Oriane a du mal à gérer la vie de famille et se met à boire en cachette pour supporter les enfants, au grand désespoir de Léo qui commence sérieusement à se poser des questions.

Oriane discute avec sa sœur, Karine et Thierry, qui est souvent d’ailleurs dans les pattes de Clémence depuis l’épisode de la salle de bain. Il paraît qu’il est garçon d’honneur au mariage et qu’il a mille choses à organiser avec elle à ce sujet. (Mouais, tu parles Charles, je reconnais cette lueur dans le coin de son œil, j’y avais aussi eu droit. Soupirs).

Oriane
Mais pourquoi je lui ai demandé de m’épouser ? Je n’aime pas les mariages.

Karine, pragmatique
C’est comme ça, tu l’aimes, vous avez fait un bébé, un jour vous économiserez pour avoir une maison, c’est normal de se marier, c’est le cycle de la vie classique. Bientôt tu organiseras des soirées Tupperware et on ne viendra pas et ce sera comme ça.

Clémence
Et puis si l’un de vous meurt, c’est mieux.

Je regarde ma sœur, horrifiée. Pas une once de romantisme n’habite cette fille. Elle est drôle, sympa et on peut compter sur elle, mais question rêve, spiritualité, symboles et traditions, elle est carrément zéro. Sans compter qu’elle rate systématiquement les anniversaires et qu’elle oublie la moitié des choses importantes qu’on lui dit. Son mari ne semble pas s’en offusquer, mais de temps en temps je vois bien qu’il aimerait avoir à la maison une bonne cruche dodue qui sente le cake au citron et qui hoche la tête dès qu’il dit un truc.

Friends, soirée robes meringues

Friends, soirée robes meringues😉

Je les regarde les trois et je résume. Thierry est un éternel célibataire angoissé par le quotidien qui séduit tout ce qui bouge, genre ma sœur en ce moment. Résultat, elle rit bêtement à chaque fois qu’il ouvre la bouche et ça va mal se terminer. D’autant qu’on a un code de base entre nous : ne jamais recycler les ex d’une copine. Ça craint. On ne drague pas non plus les mecs des copines. Même si le gars ressemble à Viggo Mortensen dans le Seigneur des Anneaux, que tu es célibataire depuis une année et qu’il arrive à demi nu derrière ta porte en te suppliant de passer la nuit avec toi. Bon là, peut-être qu’on ferait une exception, mais l’idée globale c’est pas touche à un mec qui a eu une histoire avec une copine. Donc là, Clémence déconne plein pot. Et cette truffe est mariée en plus. Va falloir que je la coince aux toilettes pour lui rappeler les principes de base.

Quand à Karine, elle use les mecs en trois mois maximum. Je ne sais pas comment elle se débrouille mais ils finissent tous par marmonner un machin du genre « Tu es trop bien pour moi », « Laisse moi réfléchir un peu, ça va trop vite, je te rappelle bientôt (et bien sûr ils ne rappellent pas) », « Tu sais, je suis dans une phase de transition, je sors d’une histoire compliquée, je ne veux pas m’engager, on reste amis ok ? ». Bref, ça foire à tous les coups et ensuite elle pleure en mangeant des tonnes de glace au caramel devant des films d’amour niais. Et on a un mal fou à la faire sortir de sa léthargie larmoyante. Puis, un jour, elle enfile une minijupe et repart en piste. Elle tombe ensuite amoureuse en cinq minutes du premier abruti qui lui fait un sourire et c’est reparti comme en l’an quatorze. A tous les coups c’est l’homme de sa vie. A chaque fois c’est soi-disant différent. Et le cycle reprend. Sexe, larmes, glace caramel.

Aucun d’eux n’est parfaitement heureux en amour. Qui l’est d’ailleurs ? Meryl Streep visiblement, qui est mariée depuis trente ans à son sculpteur dont elle a eu quatre beaux enfants. En tous les cas c’est ce qu’elle dit. Mais là, dans le coin, je ne connais personne qui me fasse rêver, à qui j’ai envie de demander ses secrets. C’est terrible. Je veux le grand amour, je refuse de vivre une histoire médiocre.

J’angoisse terriblement.

  • Suis-je capable d’aimer Léo de toute mon âme une vie durant ?
  • Est-ce qu’on peut décider d’aimer et ensuite on n’y pense plus jamais ? Ce serait comme le salami sec, tu adores ça et ensuite tu sais que tu vas l’apprécier à chaque bouchée…
  • Ou la vie est-elle plus complexe aujourd’hui qu’avant ? Le choix et la liberté sont-ils des « tue l’amour » ?
  • On change de métier, de travail, de maison, alors pourquoi pas de conjoint plusieurs fois dans une vie ? Et les enfants, dans tout ça ?

Sincèrement je n’en sais strictement rien. Et mes amis non plus visiblement. On est une génération de ratés de l’amour.

Après quelques bons verres de vin accompagnés de tapas, j’expose mes doutes à mes amis. J’ai demandé à Léo de m’épouser car je voulais lui dire que j’avais envie de construire une belle histoire avec lui, que c’était du sérieux. Mais en fait ça me fait peur. Je suis incapable de nous imaginer en train d’échanger des vœux, des promesses et des “chabalabalas”. J’aimerais qu’on vive au quotidien notre amour et qu’on le réinvente tous les jours. J’aimerais qu’il soit libre de m’aimer ou de s’en aller. Sans paperasse, partage de deuxième pilier et chantage affectif. Je n’aime définitivement pas les mariages et j’ai fait une grosse connerie de le proposer à Léo. Je l’ai dans la peau mais je ne sais pas si c’est pour toujours. Et je ne veux pas le décevoir en lui promettant une vie d’engagement mutuel alors que je ferai peut-être ma valise dans deux ans car j’en aurai marre. Ou lui. J’assume mon instabilité et mes incertitudes, même si je n’ai jamais aimé quelqu’un comme lui.

Clémence finit par poser la question qui fâche « Comment faire pour annoncer à Léo que finalement on ne se mariera pas sans le blesser ni passer pour une hystérique inconséquente ». Bonne question. Ma belle-mère va finir par me détester pour de vrai, Léo risque de jeter l’éponge et ce pauvre Vlad n’aura jamais une vie de famille normale.

Je rentre à la maison, passablement éméchée mais décidée à dire la vérité à Léo. Les deux hommes de ma vie sont sur le tapis du salon en train de se faire des poutoupoutous. Léo me sourit, Vlad pousse des petits cris et je sens mon cœur se serrer d’amour. C’est ça le bonheur.

Je m’assieds avec eux et je dis d’une traite à Léo « Je crois que je me suis emballée avec cette histoire de mariage. En vérité, je n’en ai pas envie. Je te veux toi et Vlad, mais sans l’emballage traditionnel, je vous préfère en format brut de pommes. Je n’ai pas besoin d’alliance et de promesses qu’on ne sait même pas si on pourra tenir. »

Léo soupire, se lève et part dans la chambre.
Je le suis avec Vlad dans les bras, prête à affronter une scène, le cœur battant.

Il prend son téléphone et appelle ses parents.
« Oui, c’est Léo, bonjour Maman, ça va ? (…) Je t’appelle pour te dire d’annuler immédiatement le fleuriste et le buffet. Non Oriane n’est pas partie avec le facteur, elle n’a juste plus envie de tout ce cirque et je dois dire que je suis plutôt d’accord avec elle. Oui on en reparlera si tu veux, mais c’est décidé on ne se marie plus, alors remballe tout».

Puis il me regarde et dit « Tu vois, c’est pour ça que je t’aime, parce qu’avec toi, c’est jamais normal. Mais la prochaine fois on évitera d’ameuter la terre entière et de réserver le traiteur. Ok ? »

Je ris et je pleure en même temps.
Puis je décide de faire une omelette espagnole avec tous les restes du frigo.
La vie est simple avec Léo, et c’est ça qui est beau. Je l’aime.
Et en plus ma robe de mariée ne m’allait pas du tout.

La suite mercredi prochain.

Au secours ! J’arrive pas à finir :-(

Pourquoi un raton laveur ? Les poils peut-être ? Photo trouvée ici (La musique du blog m'a achevée)

Bloquée, je suis bloquée. Il me reste 5 épisodes pour finir cette p… de saga et je ne trouve pas la fin. Alors je reste là, telle le raton laveur qui n’ose pas traverser la route qui mène de Québec à Saint-Félicien car il a peur des voitures. Mais il ne se passe rien, il n’y a PAS de voiture, que des kilomètres de sapins verts… et pourtant il est figé, une patte en l’air, humant le vent… Tétanisé, blême, hagard et stupide.

(Oui je suis aussi allée au Canada. Il y a vraiment beaucoup de sapins.)

J’ai imaginé cette histoire, elle s’est nourrie des tranches de vie de mes amies, elle vit dans mes tripes, je l’aime.

Oriane est tombée amoureuse de Léo (et réciproquement), il est parti, revenu, elle a hésité (et pendant ce temps s’est envoyée en l’air gaiement, dieu merci), puis ils se sont enfin retrouvés (c’est bô). Ils ont même fait un bébé et vont se marier. Et maintenant, toute cette guimauve me stresse, et je ne sais pas QUOI faire pour m’en sortir sans tout gâcher.

Je suis comme d’habitude dans la vie, pleine de bonne volonté, mais zéro pour les finitions. J’aime pas les fins.

J’ai écrit 270’000 signes et je n’arrive pas à conclure. C’est vraiment con, ça par exemple.
C’est comme si tu passes une année à baver devant un gars et, au moment de lui coller la pelle de ta vie qui t’a maintenue éveillée des nuits durant le ventre serré tellement tu en avais envie, tu lui dis que tu as de l’herpès. Tu gâches tout. Et après tu pleures.

Voilà, je suis un raton qui a de l’herpès. Aidez-moi ou achevez-moi.
Enfin, si il y a toujours quelqu’un ?

Fins possibles:

1/ Léo et Oriane se marient, ils sont heureux et puis c’est tout. Par contre Clémence ne supporte plus Marc et se casse avec Thierry, l’ex d’Oriane et ça c’est moche (mais vivant).

2/ Ils décident d’annuler le gâteau à étages, les fleurs et le tralala et partent  faire la fête avec tous leurs amis à Barcelone. Fuck ze system. Vive l’amour et basta così. Il arrive 2-3 bricoles à Karin avec un espagnol et Clémence danse sur la table.

3/ Léo en a marre des états d’âme d’Oriane et se casse avec le pot de chambre cruche Zahia. Oriane agonise et pleure, mais elle grandit un peu dans sa tête et retourne le chercher.

Ou bien ?

Je peux même payer en plaques de chocolat, en fraises tagada ou en bouteilles de rouge si jamais vous avez une idée de génie à monnayer …

Et pour ceux qui détestent laisser des com’, je vous laisse même mon adresse email, dixit la fille carrément désespérée…: evard.sophie@gmail.com

La saga. Épisode 35 « Télétubbies et Sue Ellen, my love »

Résumé de l’épisode précédent : après une période très #mamancolléeàsonbébé, Oriane sent son petit corps se réveiller. Elle joue un peu avec le feu avec son ex, réveille la jalousie de Léo qui, du coup, se souvient du chemin menant à son clitoris. Vive le sexe.

Dans la tête d’Oriane, un dimanche matin, à 06 :18 au réveil

Mais pourquoi, bordel à cul de vagin à ressort d’anus à fleurs – c’est mon juron préféré depuis la quatrième, complètement vulgaire et grossier, un vrai nectar…- , mais pourquoi donc ses gamins se réveillent toujours aussi tôt le matin ? Oui, ses gamins à lui, car le mien a bien compris qu’il fallait pioncer s’il voulait garder sa mère dans de bonnes dispositions. Mais les jumeaux de Léo, que nenni, ils adorent se lever hyper tôt. Et comme on a convenu d’un tournus, le dimanche matin c’est mon tour de me bouger quand ça couine.

Je suis dans le cosmos le plus complet. Je traîne en vieux training et grosses chaussettes, affalée dans le salon, avec deux petits monstres qui trouvent mille idées bruyantes à la seconde. Chut, je leur répète, papa dort. Dodo papa, ok ? Donc silence. Tu parles, ils s’en foutent complètement. Ils font des tours avec des machins en bois et patatra, adorent les détruire à grands coups de pied. Ils arrivent à se chamailler pour regarder un petit livre et ensuite brailler comme des veaux si j’essaie de les calmer. La télé ne les intéresse absolument pas, ce qui me sidère littéralement. Clémence m’avait juré qu’elle avait sauvé ses dimanches matins avec des chaînes pour petits qui diffusent des trucs complètement abrutissants comme les Télétubbies. J’ai tenté le coup, c’est carrément déprimant.

J’ai promis à Léo de faire le maximum pour éviter les cris le matin. Mais c’est difficile. Le meilleur moyen consiste à être super opérationnelle. Genre, tu te lèves, tu leur donnes un bon biberon, puis tu les changes, tu les habilles et tu pars en balade avec la poussette double. Tout ça avant 7 heures du matin, un truc de malade quand tu y réfléchis cinq minutes. Une fois j’ai même réussi un exploit : paqueter tout le monde, y compris Vlad dans le porte-bébé et ramener deux heures plus tard une smala épuisée mais épanouie ET les croissants.

ce jour-là, Léo m’a regardé avec les yeux de l’amour malgré le fait que ses jumeaux étaient criblés de miettes de chocolat jusqu’aux oreilles et plein de moque séchée sous le nez. J’avais assuré. Ce genre de truc n’arrive pas souvent, car généralement je suis incapable de m’en occuper correctement. Je n’ai strictement aucune autorité sur ces deux terreurs qui n’aiment que leur père. J’ai pourtant essayé de m’intéresser à eux, de leur faire des poutous-poutous, des risettes, des histoires, des purées maison, des bains, des massages à l’huile d’amande douce. Ils me regardent toujours avec ce petit air désapprobateur et finissent soit par pleurer soit par tendre les bras à leur père, qui soupire en haussant les épaules.

Une semaine sur deux, la maison est un champ de bataille et notre vie ressemble à un rodéo de l’organisation millimétrée. Je n’aurais jamais cru être capable de me maquiller en deux minutes, ni d’oublier de me raser les jambes aussi souvent. Les lessives se succèdent à une vitesse folle et pourtant il m’arrive de garder le même jeans une semaine entière, car c’est pratique pour aller au parc, planquer des traces de doigts baveux et arpenter le salon à quatre pattes à la recherche de ces maudits doudous qui disparaissent toujours mystérieusement.

Sans compter les visites palpitantes à la Migros, la vaisselle non stop, les paquets de couches, les allers-retours dans les chambres le soir pour le énième bisou, les rhumes à répétition, la crème sur le petit bobo, la préparation des sacs à langer. La course en continu. Je suis éreintée. Trois petits, c’est juste la cata en fait. Je pense à ma grand-mère qui en a fait six et je comprends mieux pourquoi elle adorait écouter la radio, enfermée aux toilettes.

Le soir, quand enfin on a réussi à coucher tout le monde et à faire la vaisselle, je m’écroule devant la télé, les cheveux en bataille et je m’endors en bavant sur l’épaule de Léo qui zappe sur n’importe quoi. Puis il me secoue gentiment, je traîne les pieds jusqu’à la salle de bain, avant de m’effondrer dans le lit. Pitoyable…

Clémence m’a strictement interdit de râler sur ses fils, elle m’a textuellement asséné « Tu fais ce qu’il y a à faire, tu souris et tu respireras dans quelques années. Ce sont ses enfants, tu as pris le package, maintenant il s’agit d’assumer. »

Putain. Il me gonfle le package. Si au moins ils étaient sympas. Moi je trouve qu’ils ont la tronche de leur mère et son caractère en prime. Enfin surtout Antoine, le plus vieux des deux, celui qui est arrivé le premier, il en a visiblement gardé un air supérieur. Le deuxième, Paul, est plus cool. J’arrive à l’amadouer avec des petites voitures si je me donne du mal pour émettre des vroums vroums enthousiastes. Mais comment font les parents pour aimer jouer des heures à des trucs aussi casse bonbons que des petites voitures à aligner dans un garage en plastique ?

Car il y a des gens extraordinaires qui s’éclatent avec ça. Moi le dimanche soir je rêve de courir au bureau le lendemain, même si je sais que je vais m’affoler comme une malade pour arriver à amener tout le monde le matin à l’heure. Léo va les chercher le soir. Il se débrouille mieux que moi, il reste calme, lui. Et adore jouer à la pâte à modeler. Cet homme est un saint, c’est limite agaçant. Il doit me manquer une option, plusieurs même d’ailleurs. Patience, plaisir à confectionner des tresses au beurre maison, joie de bercer des petits qui peinent à trouver le sommeil, épanouissement total face à la lecture en boucle de « Petit ours brun ». Je rêve d’une clope et d’un apéro, alors que c’est l’heure de la soupe de légumes bios. Décalée, je suis décalée. Out. Pas capable. Je suis une mauvaise belle-mère, une mère au rabais et j’en ai pris pour des années.

Mais pourquoi ?
Quel est le con qui a dit qu’on avait l’instinct maternel ?

Tout ceci me fait flipper. Je radote intérieurement. Je discute avec le ciel pour qu’il m’envoie la force d’aimer, d’accomplir, d’avoir l’énergie, le courage, la motivation. “Tu dois patienter ma chérie et ensuite ils grandissent et c’est plus cool, enfin… jusqu’à l’adolescence…haha ha » a dit Clémence. Elle rigole ! Mais comment je vais faire pour survivre ? J’ai juré craché dans le feu que jamais, jamais je ne dirai à Léo que ses enfants, en fait, ils me fatiguent terriblement la tête. C’est très dur, car parfois les mots se bousculent, mais je me tais, stoïque, car de toute façon, on ne peut pas les rendre au magasin, hein ?

Sue Ellen

Sue Ellen, photo volée sur un site qui l'avait aussi volée alors je ne connais en fait pas la vraie source, voilà.

La matinée a bien avancé, Vlad est recouché depuis une demi-heure, les jumeaux sont enfin tranquilles. J’ai tenté la chaîne « animaux », ils sont fascinés par des hyènes qui dépècent une vieille carcasse abandonnée. Je peux enfin souffler, Léo va finir par se lever, car on a un contrat, c’est “grasse matinée jusqu’à maximum 11 heures”. Il me reste quelques minutes en solo… Dans ce genre de moments, je bois en cachette (oui je sais c’est mal). C’est nouveau, ça vient de sortir… J’avale carrément la moitié de mon verre cul sec, debout dans la cuisine, tout en me gavant de chips au vinaigre.

Léo débarque avec Vlad dans les bras « Tu n’as pas entendu le petit ? Ça fait quinze minutes qu’il t’appelle ! Et les jumeaux ils sont où ? Tu les as encore plantés devant la télé ? Mais tu fais quoi ? Tu picoles le dimanche matin maintenant? Mais ça va pas non ? »

Je le regarde, la bouche pleine, l’haleine pas très nette et je réponds vaillamment « C’est l’heure de l’apéro, je te signale ».

Je crois que j’ai touché le fond.

La suite mercredi prochain